
Ce qui s’est passé, nul ne le sait vraiment. Des générations de survivants sont mortes depuis, emportant avec eux, petit à petit, le peu de brides de souvenirs qu’elles avaient conservées.
Les mutants, seuls créatures à pouvoir se déplacer partout sur la surface du monde, ont une tradition de transmission orale du savoir. Leurs shamans racontent l’histoire suivante :
« Il y a des lunes et des lunes, un monde existait ou la nature était foisonnante, ou les hommes vivaient nombreux sur terre, regroupées dans des forêts de verre et de métal. Ils ne possédaient pas les dons que les esprits nous ont octroyés. Pas de tentacule à la place du bras pour avoir une prise plus sûre sur la lance de chasse. Pas de troisième œil pour reconnaitre les mauvais esprits. Pas de peau écailleuse pour nous rendre plus résistants. »
« Mais les hommes étaient déjà mauvais. Mauvais comme le sont les maudits clowns et les maitresses noires du matriarcat. Ils possédaient des armes étranges, des monstres de métal crachant du feu, d’autres monstres volant dans les airs ou nageant sous l’eau. »
« Et un jour ils se sont battus. Ils se sont battus avec tant d’acharnement qu’ils ont courroucés les esprits de la nature. Ceux-ci se vengèrent. »
« Une grêle de feu mêlée de sang se précipita sur le sol. Celui-ci brûla, ainsi que les arbres et les plantes vertes. Des montagnes vomirent de la terre en fusion. Le niveau des mers monta. Les eaux furent empoisonnées. Le soleil, les étoiles et la lune s’obscurcirent. »
« Beaucoup d’hommes périrent, une majorité même.les élus comme nous survécurent. Notre âme était pure. Nous avions évité le courroux des esprits de la nature. En remerciement, ils nous donnèrent des dons pour pouvoir parcourir la terre à nouveau. Si on nous appelle mutants, nous sommes en fait les nouveaux hommes. »
« Mais nous ne fûmes pas les seuls à survivre. Certains s’étaient terrés tels des rats dans leurs cités de verre et de métal. Malgré leur démolition, ils survécurent, l’âme aussi noire que du charbon. Certains comme les clowns errent dans les ruines bordant ces cités, le visage maquillé. D’autres ont formé la grande tribu du matriarcat, où des femmes commandent des esclaves hommes. »
« Depuis quelques lunes, les esprits de la nature ont recommencé à punir les hommes. De grandes créatures de métal aux griffes longues et acérées sont sorties de terre pour punir ces maudits clowns et ces mauvaises femmes du matriarcat. »
« Ces esprits de métal nous attaquent pour nous mettre à l’épreuve. Nous y survivrons, car nous avons les dons des esprits. »