
Le village n’avait opposé qu’une faible résistance au gang des Clowns de l’Enfer. Des corps carbonisés, lardés de carreaux ou atrocement mutilés gisaient du mur d’enceinte jusqu’à la grande place, où l’on avait regroupé les survivants. Ceux-ci se tenaient accroupis, les mains posées sur la tête. Les Clowns qui n’étaient pas occupés à piller ou à tenir en joue les prisonniers se disputaient les jeunes femmes ; aux cris de désespoir répondaient les rires hystériques. Les enfants, en larmes, formaient un petit tas de témoins impuissants. Le chef des Clowns, une brute obèse haute de deux mètres, faisait nerveusement les cents pas, les mains dans le dos. La sueur traçait des lignes dans son maquillage. Non loin de lui, un nain portant une perruque rose et des babouches s’éclaircit la voix et battit des mains. Puis il leva son mégaphone.
« Mesdames et messieurs, cher public, le très grand, le sublime, que dis-je, l’Himalaya de la rigolade, notre vénéré Toto, va vous poser une devinette. Celui qui répondra juste le premier gagnera sa liberté ; il pourra partir ou rejoindre notre glorieuse assemblée de joyeux drilles. Mais si la réponse n’est pas bonne… » Le nain se passa la main sous le cou. « …couic ! »
Le chef s’inclina avec peine, afin de chuchoter à l’oreille du nain. Le nain reprit la parole : « Attention, écoutez bien, elle est coton ! alors… savez-vous ce que c’est qu’une tomate avec une cape ? Je répète : qu’est-ce donc qu’une tomate avec une cape ? »
Silence. Le chef des Clowns se mit à déambuler parmi les prisonniers. Les Clowns arbalétriers, qui tenaient ces derniers en joue, jetaient des coups d’œil de ci de là, en quête d’une réaction. Soudain, un petit vieux partit d’un rire éraillé : « Trop facile, c’est super tomate ! » Le chef s’approcha de lui. « C’est super tomate ! » répéta le vieil homme. La chef passa une longue minute à l’observer. Puis d’une voix étonnamment aigüe, il lui demanda : « Et un concombre qui porte une cape, c’est quoi ? »
De nouveau, le silence. Le vieil homme, chevrotant, hasarda : « heu… super concombre ?
_ Non, c’est un concombre qui se déguise en super tomate ! Un concombre qui se déguise en super tomate ! Un concombre qui… » Le chef s’interrompit, souleva le vieillard puis l’abattit contre le sol tel une massue. A coup de poings il lui réduisit sa tête en pulpe. Les esquilles d’os volèrent, traçant des lignes de sang.
Le nain se mit à applaudir. « Allez, on applaudit tous bien fort ! »
Durou.