La Horde

Maître de l'Engeance

La tête relevée, il fixait le manteau étoilé de ses orbites vides. La lune était pleine, et sa lumière blafarde baignait la clairière. L'ombre des arbres morts traçait de longues lignes acérées. Il était là, debout sur un rocher, au milieu de nulle part, les bras en croix, implorant quelques divinités obscures et maléfiques. Trois lycals se reposaient à ses pieds.
 
Deux humanoïdes aux gestes précis fouillaient lentement et soigneusement la clairière. Leurs corps putrides étaient atroces au regard. Des lambeaux de peau pendaient, dévoilant ça et là des morceaux de chairs sanguinolentes.
Allongé au sol, le jeune homme les surveillait. Il n'osait plus bouger, pas même cligner des yeux. La peur le paralysait. Au sein du Convoi, on lui avait bien parlé de cette rumeur, de ces êtres capables d'imposer leur volonté aux créatures dégénérées par les relents nocifs de l'ancien monde. Mais jusqu'à présent, cela n'était pour lui qu'une histoire pour faire peur aux enfants et qui hantait leur sommeil. Maintenant qu'il le voyait de ses propres yeux, c'était devenu un cauchemar éveillé.
L'être sur le rocher se retourna. Son regard aveugle vint se poser là où se dissimulait le convoyeur. Immédiatement et comme un seul homme, les autres créatures relevèrent la tête. Elles se redressèrent et se mirent à avancer en direction de l'intrus.
Le jeune homme savait qu'il fallait fuir. Mais la peur le terrassait, son corps refusait d'obéir. Il lui fallut un effort surhumain pour se relever.
Un craquement derrière lui. Il se retourna et vit une silhouette se découper dans la lumière lunaire. Elle s'avança, dévoilant un visage sans expression. Froid et déterminé. Il était pris au piège.
 
Sigujana stoppa sa marche. Ses muscles se raidirent et ses doigts se crispèrent sur son long bâton. Il ferma les yeux et prit une inspiration lente et profonde. Felindra Tête-de-Tigre et Abama Grand-Ventre, qui l'accompagnaient dans cette forêt morte, le regardèrent avec curiosité. Ils savaient que le vieux sorcier était lié à l'essence de la nature et qu'à ce moment précis il avait ressenti une perturbation.
Après quelques secondes, Sigujana rouvrit les yeux. Les deux autres Bamaka s'approchèrent, impatients d'entendre ses sages paroles.
 
- Hâtons-nous de rebrousser chemin, mes compagnons. Deux vengeurs sont tout proches.

Un cri terrible de peur et de douleur retentit au loin.
 


 

Dégénéré de sang

Elle est blottie dans un coin de la maison, serrant contre son ventre un petit ourson en peluche bleu. Sa robe délavée et déchirée par endroit tremble à l'unisson de ses frissons. Des frissons de peur. Seule dans la pièce sombre parsemée de reliques de l'ancien temps posées sur le parquet sale. Seule dans cette vieille bâtisse construite pendant l'âge d'or de la civilisation humaine. Seule au monde. Et nous sommes affamés...

Sa mère gît, face contre terre, en bas. La moquette usée boit son sang avec avidité, se teintant d'un rouge épais et luisant. La gorge arrachée, son frère semble dormir dans le fauteuil poussiéreux. Son père est parti en courant, poursuivit par les monstres dans une fuite désespérée. Pour survivre. Et aussi, peut-être, pour nous éloigner de sa fille. Il court toujours d'ailleurs. Mais nul besoin de se presser, il laisse derrière lui la meilleure des pistes. Celle de la peur, cette odeur reconnaissable entre mille. Il finira par tomber, épuisé. Il tentera bien de se défendre avec son arme ridicule. Mais nous sommes plus nombreux. Et nous sommes affamés...