La Résistance

 
Alice
 
Lloyd s’approcha du dégénéré le plus discrètement possible. La créature repoussante était en train de ramper et semblait chercher sous le tronc quelque chose qu’elle n’arrivait pas à atteindre de ses griffes. A deux pas du monstre, il sauta et abattit à trois reprises ses poings sur la parodie d’humain et lui écrasa la tête contre le sol. Alice se rapprocha et s’assura d’un coup de taser que le monstre difforme était bien mort.

- A ton avis chef, qu’est-ce qu’il cherchait là-dessous? 
- On va regarder. Ashton ? Viens par ici s’il te plait. Lloyd, aide-le, mais faites attention, ça peut être n’importe quoi là-dessous 


Le géant observa Lloyd se placer de l’autre côté du tronc et se positionna de façon à lui faire face. Ils comptèrent jusqu’à trois et parvinrent à soulever le morceau de bois et à le décaler de quelques mètres. En dessous, il y avait un trou au fond duquel était recroquevillée une petite fille tremblant de froid et de peur. 
Alice observa l’enfant et lui sourit. Celle-ci ne bougeait pas. Elle se mit à pleurer encore plus fort.

“Ecartez-vous les mecs, vous lui faites peur”. Lloyd et Ashton s’éloignèrent de quelques pas. La petite fille regardait Alice avec angoisse. Alice s’avança “Je m’appelle Alice, n’aie pas peur, je vais te ramener chez ta maman.”

Alice n’avait pas avancé de plus de trois pas quand la fillette se mit à hurler de peur. Alice rangea son taser et s’accroupit pour faire face à l’enfant. Quand elle fut à son niveau, la petite fille lui fit un premier sourire. Elle semblait avoir environ sept ans. Alice fouilla sa besace et en tira une barre énergétique au goût synthétique de chocolat. Elle retira l’emballage et tendit la barre à la fillette. Celle-ci recula à nouveau et se prostra au fond de son trou, fixant Alice des yeux. 

“Tiens, regarde, je croque dedans, c’est très bon”. Alice tendit la barre entamée à la petite fille qui daigna la prendre. Elle renifla, observa plusieurs fois et finit par mordre dedans à belles dents. Un sourire de satisfaction illumina son visage quand le goût de chocolat atteint ses papilles. “Tu sais comment retrouver ta maman?” La fillette dévorait la barre mais ne semblait pas comprendre ce qu’Alice disait. “Je vais te ramener au camp si tu es toute seule, c’est plus sûr”.

Lloyd se rapprocha d’Alice et lui dit “Prends tes jumelles, je crois qu’il y a quelqu’un là-bas sur le talus”. Alice leva la tête et aperçu une silhouette au loin. Grâce à ses jumelles, elle reconnut qu’il s’agissait d’une femme seule qui donnait l’impression de chercher quelque chose et courait, affolée, dans tous les sens. 

Alice prit la main de la petite fille et l’aida à se lever. Elle lui montra comment utiliser les jumelles et les tendit à la fillette. Celle-ci les essaya et, en regardant en direction de la femme, laissa échapper un “Mama” très distinct. La petite fille rendit les jumelles à Alice qui lui offrit une autre barre au chocolat. Elle tendit le doigt vers l’endroit où se trouvait la mère de la fillette. La petite fille embrassa Alice sur la joue et s’enfuit vers le nord pour retrouver sa famille.
Alice essuya une larme avant de se tourner vers Lloyd. “On met le cap au sud les gars, on n’a plus rien à faire ici.”


 
Ashton

L’Ubume venait d’apparaître comme par magie au détour du couloir. Ashton ne prit qu’une seconde pour réagir. « Reste derrière petit. Ta mission avant tout ». Il fait jouer les servo-moteurs en faisant face au drone ennemi. Avant, arrière, latéral, les rouages étaient bien graissés depuis la dernière révision.

- T’en as pour longtemps ? Si ce machin survit, il va alerter ses copains. 
- Quelques minutes si ça marche mal. Ces terminaux sont merdiques. 
- Pas ce genre de vocabulaire gamin.

Ashton s’ébranla en direction du drone. Son exo-armure augmentait sa taille, sa force, son allonge et sa rapidité au point qu’il ne lui fallut que quelques secondes pour rejoindre son adversaire et lui mettre une première droite. Le drone, trop rapide, esquiva l’attaque avec aisance mais ne parvint pas à toucher Ashton qui était encore trop loin. Le drone se reprit aisément et sauta sur le Résistant, déterminé à éliminer ces deux humains sans leur laisser le moindre espoir de survie. "Tu veux un coup de main Ashton ? J’ai presque terminé." Demanda Jimmy sans lever les yeux vers les combattants.

Ashton ne répondit que par un borborygme alors qu’il prenait un coup dans le ventre. Il lui fallait reprendre son souffle. Se concentrer sur l’importance de la mission. Jimmy avait un travail, le sien était de protéger son équipier. Si les deux mourraient par sa faute, Alice ne le lui pardonnerait pas.
Il reprit péniblement son souffle alors que l’Ubume marquait un temps d’arrêt. Pendant cette courte seconde de pause, Ashton eut le temps d’enclencher les servo-moteurs auxiliaires et déchargea la totalité de ses batteries. Son armure le rendrait invincible pendant quelques instants. Il sentait que les mouvements de ses membres étaient plus fluides, que l’armure renforçait son squelette aux endroits vulnérables, sa combativité était renouvelée.

Il chargea à nouveau le drone qui essaya de l’agripper par le torse. La courte surcharge énergétique lorsque le drone atteignit une jointure de l’amure bloqua une partie de l’intelligence artificielle du drone et celui-ci lâcha prise. Ashton en profita pour réaliser un mouvement de brasse arrière qui fit perdre l’équilibre au drone, pourtant réputé extrêmement stable. Alors que son adversaire chancelait, Ashton aplatit son poing contre le masque du drone et l’envoya au tapis.
Avant même qu’elle n’ait eu le temps de se relever, Ashton se jeta à pieds joints sur son ennemi, écrasant ses circuits les plus fragiles sous son poids. Un dernier éclair de lumière traversa les yeux du drone puis s’éteignirent alors que les systèmes de survie critiques de la machine flanchaient les uns après les autres.
L’adrénaline du combat quittait lentement le corps du Résistant quand Jimmy, sans lever la tête du terminal de contrôle, lui demanda "Tu es sûr, tu n’as pas besoin d’aide ? J’en ai pour un petit instant encore". Ashton sourit. Il ne faudrait pas traîner quand même.
 


 
Jimmy

« Sois prudent ! » Qu'elle m'a dit Alice au moment où on se barrait avec le bon vieux Freedom. « Tu sais l'âge que j'ai ? » Que je lui ai répondu. Elle est chouette Alice. J'l'adore. Mais parfois elle me gonfle quand elle me prend pour un mioche. Elle a un regard tout inquiet, là, et quand je lui réponds que tout est OK, elle peut pas s'empêcher d'avoir un sourire en coin. Et puis, avec ma casserole à pattes qui me suit partout, j'suis jamais seul.

En plus, c'est que dalle à faire ce qu'elle m'a demandé. Au p'tit matin, y'a Lynx qui repère un mec zarbi avec des cheveux orange qui nous reluquait d'en haut d'la Colline de l'Antenne (il repère tout Lynx. Trop fort. Pas baraqué mais rien lui échappe). Un mec tout seul avec des fringues bariolées. Un éclaireur pas amical d'après les autres. De toutes façons, des gugus tordus et pas amicaux, y'a que ça dans ce bled. Bon, fallait juste savoir d'où il venait et s'il allait appeler ses potes. Quand Alice m'a regardé, on commençait déjà à partir Freed' et moi.

En même temps, être prudent, maintenant, c'est pas trop l'urgence. Ce qui urge le plus, c'est calter d'ici dare-dare avant de me faire coincer par les trois gros débiles qui puent. Il m'a foutu la trouille l'autre dégénéré, là, quand il a failli me chopper. Je l'ai pas vu venir. Je suivais, à travers une bourgade fantôme, les traces de Bozo la Tignasse qui, justement, s’arrêtaient à dix mètres dans une drôle de flaque rouge, entre deux ruines. Ses collègues n'auront plus jamais de ses nouvelles. J'ai bloqué trois secondes sur ce mauvais plan... et du coup, j'ai failli faire une autre tache pareille avec ma tronche. Je me suis baissé in extremis. J'sais pas comment j'ai fait, mais bon, son gourdin n'a fait qu'accrocher ma casquette. A croire que ces mutants dégueulasses ont développé le moyen de bouger comme des courants d'air. Des courants d'air qui sentent la conserve périmée depuis cent ans, faut préciser.

Bref, vingt minutes à courir et sauter par dessus les carcasses de bagnoles et les gravats avec le monstros débilos et ses deux copains aux basques. Ils suivent sans faiblir. Je me faufile dans les vieux bâtiments. Ils décrochent toujours pas. Ils ont beau être gras, ils s'activent, les enflures. Mais là, enfin, c'est bon, j'les ai amenés où je voulais. Dans un cul-de-sac. Plus besoin de crapahuter. Je souffle un peu. Ils arrivent. Eux aussi s'arrêtent. Ils savent comme moi que y'a pas d'issue dans cette vieille cave d'immeuble en ruine. Le gros se marre. Il a un rire d'arriéré mental qui a retrouvé le chemin de la salle de jeu. Il s’approche lentement, les bras écartés, autant pour m'attraper que pour retenir les deux autres affamés et il baragouine :« viens n'ici mo' p'tit rôti ». L'humour cannibale, c'est quelque chose ! J'ai le temps de voir une perruque orange sanguinolente pendue à sa ceinture. « T'as mangé du clown, toi ». Il me fixe un instant sans bouger. J'aurais aimé savoir si ce qui l'arrête c'est le temps qu'il réfléchisse à ce que je lui ai répondu ou si c'est mon sourire tranquille qui le trouble ; mais comme ils sont juste au bon endroit, je mets mon casque acoustique et j’appuie sur la télécommande. Freedom sort de la bouche d'aération à moins d'un mètre au dessus d'eux. Il balance la sauce. A cette distance, le compresseur sonique leur fait à moitié péter la cervelle. Même avec le casque et à cinq mètres, ça secoue vachement, alors eux...

Le sang ruisselle par le nez et les oreilles. Ils sont par terre, à trembler de partout en se tenant la tête à deux mains et les yeux ahuris. Je récupère fissa ma casquette que l'autre nase a eu la gentillesse de rapporter, pensant que ça lui ferait un autre joli trophée. Je balance un coup de pied dans son bide pustuleux en guise de remerciement et je lui lâche : « T'aurais mieux fait d'écouter les conseils d'Alice, espèce de pourriture ». Et je rentre.
 


 
Chelsea
 
“Niveau maximum, je te parie que je bats mon record”.

Chelsea releva son bouclier et sa matraque, prête à affronter le drone d’entrainement. De l’autre côté de la pièce, Jason mâchonnait un bâton de barre stimulante à la fraise en vérifiant les commandes du robot “Fais gaffe quand même… Fais-moi signe quand tu es prête”.

Chelsea vérifia à nouveau son équipement d’un rapide coup d’œil puis fit le signe convenu à Jason. Le drone en forme de cône de glace avança sur le rail conçu à cet effet et s’arrêta à moins d’un mètre de la résistante. Sur une commande de Jason qui malmenait le tableau de commandes, le robot commença une série de rotations, enchaînant les tours complets sur son axe central, à droite puis à gauche. Chelsea était concentrée et prête à riposter.
Soudain, une barre métallique sortit de l’appareil électronique, parcourant la distance qui la séparait de Chelsea en moins d’une seconde, la combattante eut à peine le temps d’esquiver le coup. L’entrainement commençait vraiment.

La première barre se rétracta en un éclair, puis la machine tourna sur elle-même, deux fois, puis une nouvelle barre sortit au niveau de la hache gauche de Chelsea qui ne vit pas le coup arriver. Elle ne fut sauvée de cette attaque que par son bouclier. De rage, elle frappa avec violence sur la barre métallique mais son coup était trop lent et sa matraque rebondit sur le sol. Chelsea jeta un regard plein de colère au robot.
Chelsea était déjà bien campée sur ses positions quand la troisième barre sortit, elle l’esquiva puis frappa de toutes ses forces avec sa matraque. La quatrième et la cinquième barre subirent le même châtiment. Le drone tournait de plus en plus vite, lançant ses bras de métal en direction de la guerrière à une vitesse folle, mais celle-ci parait ou esquivait tous les coups qui la visaient et punissait systématiquement la machine d’un coup vif et précis.

Après la quinzième barre, le rythme accéléra. Les bras métalliques sortaient par deux ou par trois, Chelsea avait du mal à tenir le rythme. Elle parvenait souvent à toucher les appendices robotisés mais quelques coups n’atteignaient que le vide. La résistante transpirait à grosses gouttes, ses mains commençaient à glisser sur la poignée de sa matraque.

Après le trentième coup, le rythme des attaques du drone devenait véritablement insoutenable. Trois coups simultanés surgirent du corps du cône avant que Chelsea n’ait pu reprendre son souffle. Une des barres ripa sur son bouclier et la toucha à la cuisse, déchirant sa combinaison sur toute sa longueur et entaillant sa chair sur une dizaine de centimètres. Chelsea se tordit de douleur, chancela puis tomba à genou. A bout de forces, elle activa sa dernière défense.
Le générateur de surtension émit une pulsation magnétique violente qui souffla tous les objets autour de Chelsea. Le drone fut repoussé par l’explosion énergétique comme une simple poussière dans le vent.
Jason désactiva le drone et s’assura que celui-ci ne fonctionnait plus du tout avant de s’approcher.

- Ça va? Tu ne t’es pas fait mal ? 
- J’ai fait combien ? 
- Trente six. Mais ça va? Réponds bon sang. 
- Record battu. 


Chelsea sourit et se releva, prête pour une nouvelle séance d’entraînement.