Les Bamaka

Les Origines : Le mythe de Babakar

 

Le clan Bamaka a ses racines en Afrique. Le récit de sa longue marche vers le Nord et le bassin partiellement asséché de la Méditerranée est une saga aux nombreux épisodes tragiques, mais aussi transfigurée par l’héroïsme des survivants. L’origine du clan, quant à elle, est connue par un mythe qui se confond avec celui de l’Apocalypse, le mythe de Babakar.

Peu se souviennent des temps troublés qui précédèrent la grande mer de feu qui avala la surface de la Terre. Ce sont de mauvais souvenirs, de toute manière, rien que des atrocités et le désespoir. Le cœur de l’humanité avait cessé de battre bien avant que sonne le glas. Les droits de l’Homme ne signifiaient plus rien aux orgueilleuses puissances qui se disputaient les ressources du continent noir.

Quel régime totalitaire eugéniste eut le premier l’idée de créer des soldats modifiés génétiquement ? Il importe qu’il fut suivi par ses rivaux, et que les techniques de la transgénèse furent testées à une échelle massive dans les camps de la mort qui en ce temps-là couvraient l’Afrique tels une résille brûlante de souffrance et d’inhumanité.

Résistance aux virus, aux agents toxiques, à la fatigue, à la douleur ; augmentation des réflexes, de la coordination, des perceptions sensorielles : l’objectif des programmes employant des AVAs (agents viraux d’amélioration). On puisa dans le réservoir génétique de la faune africaine, dans les laboratoires on procéda à des unions impies. Les premiers cobayes périrent de cancers foudroyants ou de maladies orphelines, leur destin consigné dans des registres brûlés depuis, un au-delà glacial de matricules et de rapports d’autopsie.

Les techniques s’améliorèrent. On s’aperçut que les virus employés pour modifier le patrimoine génétique fonctionnaient mieux sur les enfants pré-pubères. Des unités d’enfants-monstres, aussi efficaces que sauvages, ne tardèrent pas à se distinguer sur les théâtres d’opérations. La barbarie progressa d’un cran. L’un de ces enfants à l’humanité précaire se nommait Babakar.

 

 

 



















Arraché très tôt à sa famille, confronté tout aussi tôt à l’horreur, la santé mentale de Babakar vacilla à plusieurs reprises, et c’est autant à ses talents de guerrier qu’à une volonté d’acier que l’enfant transgénique dut sa survie. Il se souvenait un peu de l’ancienne religion de son peuple, ses ancêtres lui parlaient et il leur répondait. Animé par cette force surnaturelle, il gravit les échelons. Il participa à des opérations spéciales, à des coups d’Etat. Lorsque les ancêtres lui annoncèrent la colère de Ngai, l’Etre Suprême, et que s’abattrait sur le monde un glaive de flammes, il partit dans sa région d’origine, entre Kenya et Tanzanie, accompagné par ses plus fidèles soldats, eux aussi des enfants de l’AVA. Aux siens, il prophétisa l’Apocalypse.

Et c’est le clan Bamaka qui sortit des abris. Bamaka signifiant, en abrégé « clan du chef de guerre Babakar ». Son clan, Babakar le mena dans le Nord. Il défit et assimila les bandes de survivants qu’il trouva sur son passage, qui étaient d’origines diverses, tels les Sénoufos… Absorbant les personnes comme leurs coutumes. Le périple prit de longues années. Sur une hauteur dominant les ruines de Syracuse, vieux, épuisé, Babakar céda sa chefferie à ses héritiers, les chakas.
 

Babakar appartenait au peuple masaï, et c’est en masaï qu’il mourut. On posa son corps sur le sol nu, puis on l’enduisit de sang et de graisse, afin d’attirer les vautours. Un nombre considérable vint se repaître, et certains parmi les spectateurs crurent discerner dans le vol des charognards la forme du manteau de Ngai Narok, le dieu bienveillant vêtu de noir. Il ne resta pas même les os.
 

Toutefois, les Bamaka appartenaient à des ethnies diverses, et c’est en honneur du grand conquérant zoulou que les conseillers et lieutenants de Babakar prirent le titre de chaka. Les chakas exerceraient dorénavant la chefferie de manière collégiale.



 

L'organisation du Clan
 

A cause du fort taux de mortalité infantile, dû aussi bien aux aléas des mutations qu’aux piètres conditions d’hygiène de cet âge de désolation, un enfant n’est considéré comme un membre du clan qu’à partir de la troisième lune. C’est à ce moment-là qu’on essaie de découvrir la mutation qui dictera plus tard sa place dans le clan, afin de commencer au plus tôt son éducation.
 
Toutefois ce n’est pas chose aisée, et c’est autant une affaire d’observation que de rituels magiques. Certaines mutations, pas les plus fréquentes heureusement, n’exprimant leur potentiel qu’à la puberté. Les enfants partageant des mutations similaires sont regroupés en fratries spirituelles aussi importantes que le lien du sang, et qu’ils ne quitteront que le jour de leur mort, à moins d’avoir atteint un âge suffisamment avancé pour devenir un sage du clan.
 
Ces fratries ne sont pas mixtes. Les filles forment une sororité où elles reçoivent un entraînement à la chasse et au combat comme les garçons, mais qu’elles quittent lors de leur mariage. Certaines jeunes femmes, dont la mutation ou le talent fait des combattantes exceptionnelles, retardent leur mariage et rejoignent la sororité des amazones, qui combat aux côtés des hommes. Cette sororité, divisée en famille est l'exacte copie des fratries masculines. Les femmes mariées qui en manifestent le don peuvent aussi rejoindre la sororité des sourcières. La sexualité au sein du clan Bamaka est libre, mais les naissances ne sont autorisées que dans le cadre du mariage. Afin de stabiliser les mutations, les mariages sont décidés très tôt entre mutants du même type ou compatibles, ce qui laisse peu de place au hasard des rencontres amoureuses.

C’est ainsi que pour désigner les fratries, on parle parfois de « castes ». Chaque fratrie a ses rites initiatiques propres. Peu de candidats échouent, mais ceux-là sont chassés du clan.
 

Il existe en tout sept fratries, avec à la tête de chacune un chaka.
 

  • Les anciens du clan, appelés sages, forment une fratrie d’honneur vouée à l’enseignement et à l’arbitrage. Son chaka se nomme Agaboko Ride-Austère, et même s’il ne joue qu’un rôle de conseil, il peut être considéré comme le plus honoré des chakas, celui qui cristallise les décisions. 

 

  • Les Chasseurs de Ngwane Griffe-Eclair. On les appelle dozos selon la tradition sénoufo. Ils obéissent à un code très strict, le dozoya. La chasse est primordiale, car l’entretien de troupeaux est difficile. Les dons de furtivité et de perception étendus des mutants chasseurs en font aussi d’excellents éclaireurs en temps de guerre. Les chasseurs forment la caste la plus importante du clan, car ce sont également eux qui repèrent les prochains territoires de chasses. Ils ont donc un grande influence sur la migration du Clan. Leur rite initiatique implique toujours la chasse solitaire d’un prédateur après un bain de purification et des offrandes. Pour un dozo, les animaux sauvages sont le bétail des génies, et il doit autant faire preuve de ruse que se protéger de ces derniers par des rites.
 
  • Les Gardiens de Sabaka Pied-Lourd. Ce sont les plus robustes et les plus forts. Ils assurent la protection des campements ainsi que des convois lors des migrations. En leur sein se transmettent les techniques de combat apprises par les pères de leurs pères au sein des unités AVA. Leur rite initiatique consiste à marcher sur des braises sur une bonne distance : n'y parviennent que ceux qui font à la fois preuve de courage et de maîtrise de soi, afin d’avoir le bon rythme et le pied léger.  
 
  • Les docteurs-fétiche de Sékongo Œil-Jaune. Ils connaissent les rites propitiatoires, les sacrifices, l’art de la médecine et sont également initié aux arts des conteurs. Ils mémorisent les lignées et les mutations qui leur sont associées, ce qui en fait des conseillers écoutés lorsqu’il faut décider des mariages. Ce sont également qui entretiennent la mémoire du clan en instruisant et en contant les légendes et les histoires de Babakar et de ses descendants. Certains parmi eux, tel Sigujana, ont même des notions des anciennes sciences, plus particulièrement de la génétique, de la biochimie et de la chimie, apprises dans des livres qui partent en lambeaux. Le rite initiatique des docteurs-fétiche implique de consommer une mixture hallucinogène, tout en dansant au rythme des tambours et du luth de griots appelé djéli n’goni. Lors de ce rite les initiés reçoivent une vision des fétiches du clan.
  
  
  • Les sourcières de Ghanima Murmure-de-la-Source. Une mutation apparaît quelque fois chez les femmes qui leur donne une plus grande sensibilité aux sources d’eau. Mystérieuse mutation, liée sans doute au magnétisme. Les sourcières sont infiniment respectées, car dans le désert pollué des Carpathes, la survie du clan dépend des sources d’eau potable, toujours difficiles à trouver.
     
  • Les ferrailleurs de Nbané Cœur-Fidèle. Les ferrailleurs connaissent les rites afin de purifier les reliques de l’ancien monde. Ils récupèrent, soudent, bricolent. Lors de leur rite initiatique ils sont marqués au fer rouge sur différentes parties de leur corps. Les cicatrices, qui représentent des symboles à la signification presque oubliée, sont censées les protéger des mauvais esprits qui hantent les ruines et prennent souvent possession des restes rouillés de l’ancienne société.
  • Les bergers de Gombélé Main-Serrée. Gombélé est le chaka albinos des bergers. Ces derniers possèdent tous des glandes à phéromones qui leur donnent un certain contrôle sur les animaux. Et peut-être, murmure-t-on, sur les humains également. Ils doivent non seulement conduire les troupeaux du clan, mais les défendre contre les prédateurs vicieux engendrés par la nature dévastée. Leur rite initiatique est cruel : pendant plusieurs jours, sans eau ni nourriture, l’initié est suspendu à des crochets enfoncés dans la peau. Ce rite est censé l'aider à comprendre ce que ressent un animal lors de son exécution. Honorer un animal est donc essentiel après l'avoir tué.

    Il existe une huitième fratrie, les amazones, qui n'est pas dirigée par un Chaka. Caste exclusivement féminine, elle est le reflet des cinq fratries masculines. Les amazones sont peu nombreuses et renoncent au mariage en entrant dans la sororité. Mais, en quittant la sororité, elles peuvent à tout moment devenir mères.